Mouvement Sahraouis pour la paix : « Nous ne pouvons pas attendre indéfiniment le Polisario !»

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La deuxième version du projet de résolution américain sur le Sahara fait référence à l’implication d’autres parties sahraouies dans les négociations, tout en adoptant l’initiative marocaine d’autonomie comme base pour parvenir à une solution politique. Dans ce contexte, Salek Rahal, porte-parole du Mouvement Sahraouis pour la Paix (MSP), issu d’une scission avec le Front Polisario, estime que l’inclusion de voix sahraouies en dehors du Polisario constitue une évolution importante, appelant à entendre les différentes composantes de la société sahraouie.

Dans un entretien accordé à Yabiladi, Salek Rahal expose la position du mouvement sur le contenu du projet américain et renouvelle l’appel à un recensement de la population des camps de Tindouf.

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السالك رحال, porte-parole officiel du mouvement Sahraouis pour la paix

Comment analysez-vous la deuxième version du projet de résolution américain sur le Sahara, notamment en ce qui concerne l’implication d’autres parties sahraouies dans les négociations ?

Pour nous, au sein du MSP, nous saluons certains éléments nouveaux introduits dans ce projet, en particulier la référence, au paragraphe six de sa deuxième version, à l’implication de Sahraouis autres que le Front Polisario dans les négociations. Nous estimons que cette démarche constitue une avancée importante dans le processus de règlement politique de ce conflit.  Il semble que le Conseil de sécurité ait commencé à prêter attention à ce point, après que le Polisario a longtemps prétendu être le seul représentant légitime des Sahraouis.

Le Conseil de sécurité et le monde comprennent qu’il existe d’autres Sahraouis qui portent des visions différentes de l’avenir de la région, et qui croient à la paix ainsi qu’à une solution politique réaliste, pragmatique, acceptable et durable — contrairement au Polisario, qui n’a cessé de répéter que la liberté s’obtient par le canon du fusil.

C’est pourquoi nous apprécions les efforts des États-Unis, des Nations unies et du secrétaire général de l’ONU, notamment lorsqu’il s’agit de s’ouvrir à d’autres voix sahraouies, parmi lesquelles notre mouvement, mais aussi, peut-être, les anciens des tribus sahraouies, les représentants de la société civile, les élus et d’autres voix établies à l’étranger.

Il est essentiel d’associer ces parties, car la société sahraouie est plurielle et ne saurait être réduite à un seul mouvement servant l’agenda de l’Algérie. L’inclusion d’autres parties sahraouies constitue une étape importante, et nous espérons qu’elle sera reflétée dans la résolution finale. Nous espérons également que le mouvement «Sahraouis pour la paix» sera mentionné nommément, en tant que partie défendant une solution politique et pacifique.

Comme vous le savez, Mike Waltz, représentant permanent des États-Unis auprès des Nations unies, nous a reçus le 30 juin et a publié un message sur «X» appelant le monde à nous écouter. Pour notre part, nous soulignons qu’il est indispensable que la communauté internationale entende notre point de vue, car nous appelons à la paix et croyons en une solution politique fondée sur une véritable autonomie sous souveraineté marocaine, faisant du Sahara un espace commun à tous les Sahraouis.

Par là, nous entendons les Sahraouis vivant dans les camps — les vrais Sahraouis — ainsi que d’autres Sahraouis qui, selon nous, doivent faire partie de cette solution et s’engager avec le Maroc dans le cadre d’un État démocratique et moderne, offrant à tous des perspectives politiques et économiques, tout en tenant compte de la spécificité culturelle et économique de la région.

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Une délégation du MSP reçu par Mike Waltz / DR

Considérez-vous que la référence à l’implication d’autres parties sahraouies est le point le plus important du projet de résolution ?

Oui, nous considérons qu’il s’agit de l’un des nouveaux éléments les plus significatifs à nos yeux. Mais il existe un autre point sur lequel nous souhaitons insister : la nécessité de procéder au recensement des réfugiés dans les camps de Tindouf. Comme vous le savez, ces camps regroupent des Sahraouis venus de différentes zones, et tous ne sont pas originaires de la région du conflit. Selon la définition retenue en droit international, le statut de réfugié est lié au fait qu’une personne quitte son pays en raison de persécutions ou d’un conflit politique, religieux, ethnique, etc. Le Polisario a rassemblé des Sahraouis de Nouadhibou, d’Oum El Garine, de Zouérate, dans les camps de Tindouf, mais ces personnes n’ont aucun lien avec le Sahara occidental.

Cela soulève une question fondamentale : pourquoi le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés n’est-il pas autorisé à procéder à un recensement précis des personnes présentes dans les camps en Algérie ?

Les réfugiés sahraouis sont des réfugiés de nom, mais ils ne disposent d’aucun droit. Ils n’ont pas de cartes de réfugiés et ne bénéficient pas des droits attachés à ce statut, alors même que l’Algérie est partie à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et à son Protocole de 1967. Nous estimons donc important que les obligations découlant de ces conventions soient respectées.

Un recensement mettrait au jour le grand mensonge, puisque les véritables réfugiés ne représentent qu’environ 20 % de la population des camps. Le Polisario a rassemblé les «gitans» du Sahara et a prétendu avoir constitué une société sahraouie.

Nous appelons à exercer des pressions sur l’Algérie afin qu’elle autorise le recensement des réfugiés ayant quitté leurs régions en raison du conflit, et qu’elle les distingue des personnes présentes dans les camps pour d’autres raisons. Un tel recensement constituerait sans aucun doute un embarras majeur pour le Polisario, car une fois les réfugiés dénombrés, le prétendu «État sahraoui» disparaîtrait ; un État se compose de citoyens, non de réfugiés.

Comment interprétez-vous l’adoption de l’initiative marocaine d’autonomie comme base des négociations dans le projet de résolution ?

Nous saluons la position des États-Unis et les efforts qu’ils déploient pour faire avancer une solution politique au conflit. Nous nous félicitons également de l’adoption de l’initiative marocaine d’autonomie comme base des négociations. L’autonomie est mentionnée plus de neuf fois dans la deuxième version du projet, tandis qu’aucune référence n’est faite à d’autres propositions soutenues par le Polisario ou l’Algérie.

Nous réaffirmons que les Sahraouis dont nous demandons l’implication ne relèvent pas nécessairement de notre seul mouvement. D’autres voix doivent être entendues, notamment celles des représentants de la société civile, des élus, des anciens des tribus et d’autres composantes de la société sahraouie.

Comment percevez-vous la possible suppression du terme «référendum» du nom de la Mission des Nations unies au Sahara, la MINURSO ?

Pour nous, le terme «référendum» a disparu de toutes les résolutions du Conseil de sécurité depuis la résolution 1394, adoptée en février 2002, tandis que l’accent a été mis, à la place, sur la recherche d’une solution politique acceptable, réaliste et durable.

La mission principale de la MINURSO est de maintenir le cessez-le-feu et de soumettre des rapports périodiques sur la situation à l’est et à l’ouest du mur de sable. Il existe également un rapport de 2012 du secrétaire général de l’ONU confirmant que le référendum est définitivement dépassé, et que le rôle de la mission consiste à surveiller le cessez-le-feu, en raison des difficultés liées à l’identification du corps électoral et au règlement des recours le concernant.

Avant cela, en 2002, l’envoyé de l’ONU James Baker avait appelé à rechercher d’autres options pour régler le conflit. Cinq ans plus tard, le Maroc a présenté la proposition d’autonomie, tandis que le Polisario avançait un plan nous ramenant à la case départ. Le Polisario ne veut pas de solution et cherche à prolonger le conflit pour servir des objectifs personnels.

Nous estimons que la poursuite du conflit a un impact négatif sur les Sahraouis, en particulier les femmes, les enfants et les personnes âgées dans les camps, qui supportent le plus lourd fardeau de cette situation. Il est inacceptable que leurs souffrances se poursuivent année après année.

Comment évaluez-vous les réactions du Polisario au projet américain ?

Ce sont des réactions désastreuses. Le Polisario ne veut pas parvenir à une solution. En mettant en doute les efforts et la neutralité de Staffan de Mistura, il cherche à ramener le dossier à la case départ, alors que l’envoyé de l’ONU consacre tous ses efforts à demeurer un médiateur honnête.

Si 131 pays soutiennent la proposition marocaine, en quoi de Mistura en serait-il responsable ? De Mistura a dit la vérité et affirmé que la solution marocaine est la plus réaliste. Nous considérons donc que ce que fait le Front est extrêmement dangereux ; il veut nous faire perdre encore 50 ans. Nous ne devons pas attendre indéfiniment le Polisario. Nous sommes Sahraouis, nous avons le droit de faire entendre notre voix, et le monde doit nous écouter.

https://www.yabiladi.com/articles/details/205888/mouvement-sahraouis-pour-paix-nous.html


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