Sahara occidental : une lettre à Guterres place le pluralisme sahraoui sur la table de l’ONU
À quelques semaines de l’échéance d’octobre au Conseil de sécurité, le Mouvement sahraoui pour la paix (MSP) demande au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, d’ouvrir davantage le processus politique aux différentes sensibilités sahraouies. Une initiative qui cherche à faire du pluralisme de la représentation l’un des enjeux de la prochaine phase du conflit.
Alors que le Conseil de sécurité s’apprête à revenir sur le Sahara occidental, le Mouvement sahraoui pour la paix (MSP) a choisi de s’adresser directement au secrétaire général des Nations unies, António Guterres. Dans une lettre signée par son premier secrétaire, Hach Ahmed Baricalla, le mouvement ne se contente pas de dénoncer la persistance d’un conflit vieux de plus d’un demi-siècle : il demande que d’autres voix sahraouies puissent être entendues dans le processus politique conduit sous l’égide de l’ONU.
Le calendrier n’est pas anodin. La démarche intervient à quelques semaines du 31 octobre 2026, date d’expiration du mandat actuel de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO). C’est précisément à l’approche de cette échéance que le Conseil de sécurité réévalue traditionnellement la mission et les perspectives du processus politique.
Un conflit durable, un cadre en évolution
Depuis la création de la MINURSO en 1991, le dossier a connu une succession de médiations, d’envoyés personnels et de propositions sans déboucher sur un règlement définitif. La rupture du cessez-le-feu en novembre 2020 a encore fragilisé le cadre établi trois décennies auparavant.
Plus récemment, la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, a prolongé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026 et donné une impulsion au processus politique autour de la proposition marocaine d’autonomie comme base de négociation, tout en maintenant l’objectif d’une solution politique mutuellement acceptable permettant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental.
C’est dans ce contexte que le MSP cherche à déplacer une partie du débat. À ses yeux, si l’heure est désormais à la recherche des conditions concrètes d’un compromis, une autre question devient incontournable : qui représente la diversité des opinions existant au sein de la société sahraouie ?
La question du pluralisme sahraoui
Le MSP ne demande pas, dans cette lettre, à remplacer le Front Polisario dans l’architecture actuelle des négociations. Sa démarche consiste plutôt à contester l’idée selon laquelle les sensibilités sahraouies pourraient être résumées à une seule expression politique.
Créé en 2020, le mouvement rassemble notamment d’anciens responsables et cadres du Polisario ayant choisi de défendre une approche différente : rejet du retour à la guerre, recherche d’un compromis politique et règlement « sans vainqueur ni vaincu ».
La lettre adressée à Guterres tente ainsi d’introduire dans le débat international une notion jusqu’ici relativement périphérique : celle de pluralisme politique sahraoui.
Après un demi-siècle de conflit, de dispersion des populations et de transformations générationnelles, le MSP estime que la société sahraouie ne peut plus être considérée comme un bloc politique homogène. Des Sahraouis vivent dans les territoires administrés par le Maroc, d’autres dans les camps de réfugiés de Tindouf, en Mauritanie ou au sein d’une importante diaspora, notamment européenne.
La question posée est donc moins de savoir qui doit remplacer qui que de déterminer comment cette diversité pourrait être entendue dans la recherche d’une solution.
De la diplomatie informelle à l’ONU
Cette démarche s’inscrit dans une stratégie diplomatique plus large.
Au cours des derniers mois, le MSP a multiplié les contacts internationaux afin de présenter ses propositions et de faire connaître sa lecture du conflit. Des représentants du mouvement ont notamment rencontré à New York des diplomates et des représentants de pays membres du Conseil de sécurité.
La lettre à Guterres marque toutefois une étape supplémentaire. Le mouvement souhaite désormais transformer ces contacts en un dialogue plus régulier avec les institutions onusiennes.
Il demande notamment que la prochaine résolution du Conseil de sécurité comporte une référence explicite au MSP. Une ambition politiquement significative mais institutionnellement difficile : le contenu d’une résolution résulte des négociations entre les quinze membres du Conseil et ne dépend pas du secrétaire général.
Le second objectif paraît plus immédiatement accessible : Hach Ahmed demande à António Guterres de recevoir une délégation du MSP avant la fin de son mandat afin qu’elle puisse lui présenter directement ses propositions.
Une telle rencontre ne modifierait pas automatiquement le statut des parties reconnues dans le processus politique. Elle pourrait néanmoins constituer un précédent en ouvrant un espace de consultation supplémentaire.
C’est précisément la distinction que cherche à établir le MSP : participer ne signifie pas se substituer.
Une lettre personnelle autant que politique
Hach Ahmed donne également à sa démarche une dimension personnelle. Ancien responsable diplomatique et ministériel du Polisario, il rappelle son expérience directe du conflit. Il évoque également son frère Ahmed Boukhari, représentant du Front Polisario auprès des Nations unies jusqu’à son décès en 2018.
Ces références visent à souligner que la demande d’une nouvelle approche émane d’acteurs issus de l’histoire même du mouvement indépendantiste et ayant progressivement évolué vers une autre conception du règlement.
La lettre rappelle également les liens anciens entre Hach Ahmed et António Guterres, remontant à l’époque où ce dernier dirigeait le Parti socialiste portugais.
Le message adressé au secrétaire général prend ainsi une dimension particulière : à l’approche de la fin de son mandat, Guterres est invité à ne pas simplement transmettre à son successeur un conflit toujours irrésolu, mais à ouvrir ce que Hach Ahmed décrit comme une « nouvelle porte ».
Octobre comme fenêtre politique
Le choix de la fin septembre pour cette initiative est donc calculé.
Le mois d’octobre sera marqué par les discussions entourant le renouvellement du mandat de la MINURSO et l’évaluation du processus politique conduit par l’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura, qui poursuit ses consultations avec le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie.
Le MSP cherche à introduire la question de la représentation sahraouie dans le débat avant que les positions autour de la prochaine résolution ne soient définitivement arrêtées.
Il reste incertain que cette initiative débouche sur une reconnaissance formelle du mouvement. Mais sa portée pourrait se situer ailleurs.
Si les efforts diplomatiques évoluent progressivement d’un affrontement sur les principes généraux vers une discussion sur le contenu d’une éventuelle solution — institutions, compétences locales, garanties, sécurité, retour des réfugiés ou transition — la question de la représentativité pourrait devenir plus difficile à contourner.
Pour l’ONU, le défi consisterait alors à concilier deux exigences : préserver un cadre de négociation suffisamment cohérent pour rester opérationnel et s’assurer qu’une éventuelle solution dispose d’une assise politique et sociale suffisamment large.
C’est là que la lettre du MSP prend tout son sens.
À quelques semaines de l’échéance d’octobre, elle tente de placer une interrogation nouvelle au cœur d’un dossier ancien : au-delà de la question de savoir quelle solution pour le Sahara occidental, faudra-t-il désormais également se demander quelles voix sahraouies doivent participer à sa construction ?
Une lettre ne suffira probablement pas à modifier l’architecture du processus onusien. Mais elle peut contribuer à inscrire le pluralisme sahraoui dans le débat au moment où se prépare la prochaine étape diplomatique.
Et c’est peut-être là le véritable objectif recherché : faire en sorte que la question de la diversité de la représentation sahraouie ne soit plus périphérique, mais devienne l’un des paramètres d’une éventuelle sortie du conflit.
par Hamoud Ghaillani

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