Le Polisario après la rencontre avec Waltz : ce que Sidi Mohamed Ammar n’a pas dit

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Ce qui retient le plus l’attention dans l’entretien accordé par Sidi Mohamed Ammar, représentant du Front Polisario auprès des Nations unies, à l’Agence de presse sahraouie « SPS », n’est peut-être pas tant ce qu’il a dit que ce qu’il a laissé sans réponse claire.

Après la rencontre à New York entre une délégation du Front et l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, le responsable sahraoui a réaffirmé les positions traditionnelles du Polisario : autodétermination et indépendance, décolonisation et rejet de toute solution que le Front considère comme une consécration de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

Ces positions sont connues. Elles ne sont pas nouvelles.

La nouveauté se situe ailleurs : dans le message que Washington a choisi de rendre public après la réunion, mais aussi dans la comparaison avec un précédent message américain, tout aussi significatif, publié par le même ambassadeur lorsqu’il avait reçu, trois mois auparavant, une délégation du Mouvement sahraoui pour la paix (MSP).

Entre ces deux rencontres émerge une question politique qui dépasse le différend traditionnel entre le Maroc et le Polisario : Washington commence-t-il également à considérer le pluralisme au sein de la société sahraouie comme une réalité qu’il convient d’écouter dans la recherche d’un règlement ?

Une rencontre, deux messages différents

Dans le récit de Sidi Mohamed Ammar, la délégation du Polisario a réaffirmé devant l’ambassadeur américain son attachement à l’autodétermination et à l’indépendance, ainsi que son rejet de ce qu’elle qualifie de « pseudo-solutions ».

Mais Waltz a choisi, après la réunion, de mettre l’accent sur un autre aspect.

Il a déclaré que les réfugiés des camps de Tindouf attendaient depuis cinquante ans, qu’ils méritaient de « véritables options » plutôt qu’une nouvelle décennie d’attente, ajoutant que « la base d’une solution est sur la table ».

La différence entre les deux discours est frappante.

Le Polisario ramène le débat au droit, aux références juridiques et aux origines du conflit.

L’ambassadeur américain, lui, place au premier plan le temps, les options et la solution.

Cela ne signifie pas que l’une ou l’autre partie ait changé de position. Mais cela révèle une différence manifeste dans l’ordre des priorités.

Washington pose, en pratique, la question : que faire après cinquante ans ?

Le Polisario répond en rappelant pourquoi le conflit a commencé et quels sont les droits qu’il considère comme inaliénables.

Les deux questions sont liées, mais elles ne sont pas identiques.

Où se trouve « la solution sur la table » ?

C’est ici que nous arrivons à l’un des principaux éléments absents de l’entretien de Sidi Mohamed Ammar.

Que signifie, du point de vue américain, l’affirmation selon laquelle « la base d’une solution est sur la table » ? Et comment le Polisario y a-t-il répondu ?

Le contexte de la position américaine publiquement exprimée est connu : Washington défend la proposition d’autonomie sous souveraineté marocaine comme cadre permettant d’avancer vers un règlement, tandis que la question de l’engagement du Polisario vis-à-vis de cette proposition est devenue un élément central des récentes initiatives diplomatiques.

Mais l’entretien accordé à SPS n’apporte pas de réponse détaillée sur une éventuelle position de négociation alternative.

Le Polisario a-t-il présenté ses observations sur l’autonomie ?

Peut-il envisager d’en discuter certains éléments ?

Dispose-t-il de contre-propositions concernant les compétences, les institutions ou les garanties internationales ?

Ou considère-t-il que le simple fait d’en discuter serait incompatible avec la ligne politique qu’il s’est fixée ?

L’entretien ne permet pas de le savoir.

Nous savons précisément ce que le Polisario refuse. Nous savons beaucoup moins ce qu’il pourrait proposer si les négociations passaient des principes aux détails.

C’est là toute la différence entre une position de principe et une position de négociation.

Mais Waltz n’a pas rencontré uniquement le Polisario

Cette question prend davantage d’importance si l’on remonte trois mois en arrière.

Le 30 juin 2026, Mike Waltz recevait à New York une délégation du Mouvement sahraoui pour la paix (MSP), conduite par son premier secrétaire, Hach Ahmed Baricalla.

Au cours de cette rencontre, le mouvement a présenté sa vision d’un règlement du conflit fondé sur le dialogue, le compromis et une solution « sans vainqueur ni vaincu ». Il a également remis un mémorandum exposant son analyse de l’évolution du dossier ainsi que ses propositions concernant un règlement.

Mais le plus important n’était peut-être pas la tenue de la rencontre elle-même.

C’était ce que Waltz avait choisi d’écrire ensuite.

Il avait décrit les membres de la délégation comme des « voix sahraouies engagées en faveur de la paix, du compromis et d’une solution durable », avant d’ajouter une formule particulièrement significative :

« Le monde devrait les écouter. »

Ces mots ne confèrent pas au MSP le statut de partie officielle au processus des Nations unies. Ils ne signifient pas non plus que Washington ait remplacé le Polisario ou modifié la structure des négociations.

Mais il serait également difficile d’en ignorer la portée politique.

Car l’ambassadeur d’un État membre permanent du Conseil de sécurité, qui joue un rôle central dans l’élaboration des résolutions concernant la MINURSO, a publiquement évoqué les « voix sahraouies » au pluriel et appelé à les écouter.

De « les écouter » aux « véritables options »

C’est ici que la comparaison entre les deux messages de Waltz devient particulièrement intéressante.

Avec le MSP en juin, le message était :

Il existe d’autres voix sahraouies et le monde devrait les écouter.

Avec le Polisario en septembre, le message est devenu :

Les réfugiés attendent depuis cinquante ans, ils méritent de véritables options et la base d’une solution est sur la table.

Il serait excessif de fusionner automatiquement ces deux déclarations pour en déduire l’existence d’une nouvelle politique américaine que Washington n’aurait pas officiellement annoncée.

Mais replacées dans leur contexte, elles révèlent au minimum une évolution qui mérite d’être suivie : la diplomatie américaine ne dialogue pas uniquement avec la direction traditionnelle du Polisario. Elle écoute également un autre courant sahraoui qui se présente comme une alternative politique favorable à la négociation et au compromis.

Cela ouvre une question longtemps restée presque absente des négociations :

Le Polisario est-il la seule voix politique qui doive être entendue lorsqu’il s’agit de l’avenir des Sahraouis ?

La bataille de la représentation pourrait commencer discrètement

C’est peut-être l’un des aspects les plus sensibles de la nouvelle phase qui s’ouvre.

Le Polisario a construit une part essentielle de sa force politique et diplomatique sur sa revendication de représentation politique du peuple sahraoui. Il est donc naturel que son discours utilise un vocabulaire parlant au nom du « peuple sahraoui » dans son ensemble.

Mais, après un demi-siècle, la réalité sahraouie est devenue plus complexe.

Des Sahraouis vivent dans les villes du territoire administrées par le Maroc, d’autres dans les camps de Tindouf, d’autres encore en Mauritanie, tandis qu’une importante diaspora s’est constituée en Europe, notamment en Espagne.

Il existe également aujourd’hui différentes organisations et sensibilités politiques sahraouies, parmi lesquelles le MSP, qui ne partagent pas l’option défendue par le Polisario.

L’existence de ces voix ne modifie pas automatiquement le statut juridique ou la qualité des parties au sein du processus des Nations unies.

Elle soulève néanmoins une question politique légitime : si le règlement final doit être durable, acceptable et viable, peut-on y parvenir sans prendre en considération le pluralisme existant au sein de la société sahraouie ?

Que signifient les « véritables options » ?

Sous cet angle, la formule employée par Waltz devient encore plus intéressante.

Il n’a pas déclaré que les réfugiés avaient besoin d’une seule « option », mais de « véritables options ».

Il est impossible de déterminer, à partir de cette seule expression, ce qu’il entendait précisément. Il convient donc de ne pas lui faire dire davantage qu’elle ne dit.

Mais elle ouvre une question fondamentale.

Le Sahraoui vivant dans les camps doit-il rester enfermé dans l’alternative entre le maintien du statu quo et l’attente d’un règlement final dont l’échéance demeure indéterminée ?

Ou faut-il également envisager des scénarios portant sur le retour volontaire, la réunification des familles, les garanties politiques, la participation aux institutions, le logement, l’emploi, les compensations et les dispositifs de transition ?

C’est ici que les propositions d’autres forces sahraouies, dont le MSP, pourraient entrer dans un débat politique plus large, sans que cela implique nécessairement une modification de l’identité des parties officielles aux négociations.

Le Polisario face à une nouvelle question

Pendant des décennies, la principale question à laquelle le Front a été confronté était la suivante : comment préserver la reconnaissance de la question du Sahara occidental comme une question d’autodétermination ?

Aujourd’hui, une interrogation plus difficile pourrait se présenter :

Comment démontrer qu’il ne défend pas seulement une légitimité historique, mais qu’il propose également une issue politique négociable après cinquante ans de conflit ?

C’est précisément sur ce point que l’entretien de Sidi Mohamed Ammar n’apporte pas de réponse complète.

Il expose clairement une position sur l’indépendance, mais ne détaille pas ce qui pourrait être négocié si l’autre partie et la médiation américaine partent d’un cadre différent.

À l’inverse, le MSP affirme accepter la logique du compromis et du règlement négocié, tout en se présentant comme une troisième voix sahraouie.

La compétition ne porterait alors plus uniquement sur la question de savoir qui détient la légitimité historique, mais pourrait progressivement s’étendre à une autre interrogation :

Qui est en mesure de présenter une formule politique applicable ?

Pourquoi cette insistance sur l’indépendance ?

On peut également comprendre, dans ce contexte, l’insistance de Sidi Mohamed Ammar à associer « autodétermination » et « indépendance ».

La rencontre avec Waltz intervient dans un contexte de pression diplomatique américaine. Il est donc compréhensible que la direction du Polisario cherche à éviter que son dialogue avec Washington soit interprété comme un recul par rapport à son objectif historique.

Le message s’adresse autant à l’intérieur qu’à l’extérieur :

Nous discutons avec les Américains, mais nous n’avons pas renoncé à l’indépendance.

Cette équation devient cependant plus difficile à maintenir à mesure que les discussions se rapprochent des questions concrètes.

Car de véritables négociations ne peuvent rester indéfiniment cantonnées aux principes. Elles devront tôt ou tard aborder les institutions, les compétences, la sécurité, les ressources, les garanties, le retour des réfugiés et la période de transition.

Chaque partie devra alors préciser non seulement ce qu’elle refuse, mais aussi ce qu’elle est disposée à accepter.

Le test d’octobre

C’est pourquoi les consultations du Conseil de sécurité en octobre interviennent à un moment particulièrement délicat.

Une seule session ne réglera évidemment pas un conflit qui dure depuis un demi-siècle. Mais octobre pourrait donner des indications sur l’orientation que prendra désormais le processus politique.

La nouvelle équation ne se compose plus seulement du Maroc, du Polisario, des Nations unies, de l’Algérie et de la Mauritanie.

Elle comprend également un engagement américain plus actif, des interrogations croissantes sur l’avenir des populations des camps, un débat sur le contenu même d’un éventuel règlement et, en arrière-plan, la question du pluralisme sahraoui, qui commence à trouver sa place dans les contacts diplomatiques.

La rencontre de Waltz avec le MSP, puis celle avec le Polisario, offrent une image symbolique de cette nouvelle phase.

Au premier, il a dit en substance : le monde devrait écouter ces voix sahraouies.

Après sa rencontre avec le second, son message était : cinquante années d’attente suffisent ; des options doivent être envisagées et la base d’une solution est sur la table.

Ces deux messages ne suffisent pas pour affirmer que Washington a redéfini les parties au conflit, ni que le MSP serait devenu une partie officielle au processus des Nations unies.

Mais ils suffisent à soulever une question qu’il devient de plus en plus difficile d’ignorer :

S’il existe effectivement plusieurs voix sahraouies et si les Sahraouis méritent de « véritables options », qui doit définir ces options et qui devrait participer à leur discussion ?

C’est la question à laquelle Sidi Mohamed Ammar n’a pas répondu.

Et ce pourrait également être l’une des questions qui s’imposeront de plus en plus au cours de la prochaine phase.

Par Hamoud Ghaillani

https://dakartimes.net/le-polisario-apres-la-rencontre-avec-waltz-ce-que-sidi-mohamed-ammar-n-a-pas-dit


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