Le Polisario à l’épreuve du temps : l’agonie d’une « République figée »

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*Par Hamoud Ghailani

Le 50ᵉ anniversaire de la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) aurait dû être un moment de bilan et de projection. Au lieu de cela, les célébrations de février 2026 à Tindouf ont offert le spectacle d’une organisation prisonnière de son passé. Dans une analyse sans concession publiée par La Discrepancia, Hach Ahmed Bericalla, ancien cadre du mouvement et aujourd’hui figure de proue du Mouvement Sahraoui pour la Paix (MSP), décrit une structure politique « figée dans le temps », incapable de s’adapter aux bouleversements géopolitiques majeurs de la décennie.

Une mise en scène anachronique

Pour l’auteur, cette commémoration n’était qu’une « répétition rituelle ». Cinquante ans plus tard, le décor reste immuable : les mêmes visages au pouvoir, les mêmes slogans révolutionnaires hérités de la guerre froide et une absence totale de renouvellement générationnel. Ce monolithisme politique, qui n’a jamais été validé par un suffrage populaire, semble aujourd’hui déconnecté des réalités du XXIe siècle.

Le profil des invités souligne cet isolement. Entre délégations de la gauche radicale nostalgique et anciens réseaux de solidarité espagnols ou latino-américains, le Polisario s’appuie sur des vestiges idéologiques. Même le soutien de l’allié algérien semble avoir baissé d’un cran : la présence institutionnelle s’est limitée cette fois au wali de Tindouf, loin des délégations ministérielles de haut rang des années précédentes.

Le déni face au réalisme international

Plus frappant encore est le silence des dirigeants sur les récents revers diplomatiques. L’article pointe du doigt l’incapacité du mouvement à intégrer la nouvelle donne internationale. Alors que des puissances majeures comme les États-Unis, la France et l’Espagne se rallient désormais à l’option d’une autonomie sous souveraineté marocaine — jugée seule solution « réaliste et viable » — le Polisario persiste dans un maximalisme stérile.

La volatilité du soutien international est devenue flagrante. Le retrait précipité de drapeaux de pays africains comme le Mali ou le Kenya durant les festivités illustre la fragilité des alliances historiques du mouvement face au pragmatisme des États africains modernes.

L’urgence d’une troisième voie

Ancien du sérail, Bericalla justifie son départ du Polisario par un constat lucide : prolonger ce projet, c’est « prolonger indéfiniment la souffrance du peuple sahraoui ». Face à ce qu’il qualifie de « navire sans cap », il oppose la vision du MSP, né il y a six ans.

Cette approche prône un compromis historique, soutenu par des garanties internationales, notamment américaines. Pour l’auteur, le peuple sahraoui est à une croisée des chemins. Entre s’accrocher à une illusion qui a déjà consumé trois générations et saisir une « opportunité irrépétible » de paix et de prospérité, le choix est désormais existentiel. Le message de Bericalla résonne comme un dernier avertissement : l’histoire offre rarement une seconde chance. Il est temps de se réveiller.


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